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Vanessa Manoua N'Da : « Un bâtiment sans équipements adaptés reste donc extrêmement vulnérable »

Posté le 03 octobre 2025 par Excellence Afrik
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Vanessa Manoua N'Da :  « Un bâtiment sans équipements adaptés reste donc extrêmement vulnérable »

(Excellence Afrik) - De nombreuses structures ne disposent pas d’installations de premiers secours en cas d’incendie, alors même que la réglementation impose aux constructeurs d’équiper les bâtiments de dispositifs adaptés. Lors de cette entrevue, Vanessa Manoua N’Da a souligné l’urgence de remédier à cette non-conformité face aux exigences légales.

 

Qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour les professions de la sécurité incendie ?

Au départ, je n’avais aucune connaissance de ce secteur. C’est au fil de mes études que j’ai commencé à m’y intéresser. Mon premier contact concret a eu lieu lors d’un stage dans une entreprise spécialisée en sécurité incendie. Quelques semaines seulement après mon arrivée, j’ai été promue au poste de responsable commerciale.

Cette expérience m’a permis de multiplier les échanges avec les clients et de mieux comprendre les enjeux liés à la sécurité incendie. Progressivement, mon intérêt s’est transformé en une véritable passion pour ce domaine, qui allie à la fois technicité, prévention et protection des vies humaines.

 

Actuellement, vous gérez votre propre société. Quelle est votre vision pour le futur de ce domaine ?

J’ai fondé mon entreprise en 2017, il y a maintenant sept ans. À cette époque, on dénombrait à peine une dizaine de sociétés spécialisées en sécurité incendie en Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, elles sont plus d’une centaine, ce qui démontre que le secteur est en pleine expansion et qu’il suscite un intérêt croissant.


Ce dynamisme confirme que la sécurité incendie est un domaine porteur et stratégique. Toutefois, son développement doit impérativement s’accompagner du respect strict des normes et réglementations en vigueur. Ma vision pour l’avenir est de contribuer à professionnaliser davantage le secteur, en mettant l’accent sur la qualité des services, la conformité réglementaire et la sensibilisation des acteurs.



L’objectif est de bâtir un environnement où la sécurité incendie ne soit pas perçue comme une contrainte, mais comme une culture de prévention et de protection, essentielle à la sauvegarde des vies humaines et des biens.

 

Que signifie pour vous « il faut que les choses se passent dans les règles de l’art » ?

Pour moi, agir « dans les règles de l’art » signifie respecter scrupuleusement les procédures établies et les responsabilités de chaque acteur dans le domaine de la sécurité incendie.

En pratique, un grand nombre de nos clients se tournent d’abord vers l’Office national de la protection civile (ONPC) et les pompiers. C’est une démarche positive, car ces structures sont effectivement chargées de délivrer la notice de sécurité, document obligatoire avant toute construction, qui définit les conditions de sécurité liées aux risques d’incendie.

Cependant, une fois cette étape franchie, le propriétaire du bâtiment doit normalement s’adresser aux entreprises spécialisées pour l’acquisition et l’installation du matériel de sécurité incendie. Malheureusement, il arrive que les structures publiques mentionnées prennent elles-mêmes en charge l’achat du matériel, ce qui crée une situation anormale. Elles se positionnent alors comme des concurrents directs des entreprises privées, brouillant les rôles et fragilisant l’équilibre du secteur.

Respecter les règles de l’art, c’est donc veiller à ce que chacun reste dans son champ de compétence : les autorités pour la réglementation et le contrôle, et les entreprises spécialisées pour la fourniture et l’installation du matériel. C’est à cette condition que la filière pourra se développer de manière saine, transparente et professionnelle.

 

Comment se présentent vos relations avec l’Ordre des architectes en Côte d’Ivoire ?

Nous avons sollicité l’Ordre des architectes à plusieurs reprises et organisé des sessions de travail. Cependant, jusqu’à présent, nous n’avons pas obtenu de réponse significative ni d’engagement concret de leur part.

 

Quels sont les dangers auxquels un bâtiment sans équipement de sécurité incendie est exposé ?

Les risques sont considérables pour un bâtiment dépourvu d’équipements de sécurité incendie. Dans un logement, il est essentiel de disposer de dispositifs de première intervention tels que les extincteurs, les détecteurs de fumée et les détecteurs de gaz, qui permettent de maîtriser rapidement un début d’incendie.

Il est important de distinguer un simple feu d’un incendie. En l’absence d’extincteurs, il devient indispensable d’appeler immédiatement les pompiers. Tout retard dans l’intervention peut entraîner des pertes matérielles importantes, voire mettre en danger des vies humaines.

Les statistiques montrent que 80 à 90 % des incendies domestiques prennent naissance dans la cuisine, principalement à cause du gaz. D’autres sources fréquentes se trouvent dans le salon ou les chambres, en raison des appareils électroménagers. Malheureusement, ces risques sont souvent sous-estimés, en particulier par la classe moyenne, qui ne mesure pas toujours l’importance de ces dispositifs de prévention.

Un bâtiment sans équipements adaptés reste donc extrêmement vulnérable, et la sensibilisation à ces enjeux demeure une priorité.

 

Quelle est l'origine principale de vos clients ?

Environ 95 % de notre clientèle est concentrée à Cocody et Bingerville, où la sensibilisation à la sécurité incendie est plus marquée. En revanche, dans des zones comme Marcory, Koumassi, Port-Bouët et Bassam, l’intérêt pour la protection incendie des résidences reste encore limité, ce qui traduit un besoin accru de sensibilisation et d’éducation à la prévention des risques.

 

La réticence des populations n’est-elle pas due au coût du matériel ?

Non, le coût du matériel n’est pas un frein majeur, car les prix sont accessibles à toutes les bourses. Ils débutent à 20 000 FCFA et peuvent aller au-delà, avec des garanties pouvant atteindre 10 ans. Le véritable problème réside davantage dans la perception et les priorités des populations. Beaucoup investissent des millions dans la construction de maisons ou l’achat de véhicules, mais négligent les dispositions élémentaires en matière de sécurité incendie.

Par ailleurs, un grand nombre de clients se tournent vers des équipements importés, souvent jugés moins chers, et privilégient les entreprises étrangères. Les grands donneurs d’ordre adoptent presque systématiquement cette démarche, ce qui biaise le jeu de la concurrence lors des appels d’offres.

Les entreprises locales spécialisées doivent pourtant faire face à des charges fixes importantes. Chaque année, elles s’acquittent d’un agrément de 500 000 FCFA auprès de l’ONPC pour exercer légalement. Sans un accès équitable aux marchés, leur pérennité devient difficile.

 

C’est pourquoi l’État doit jouer un rôle plus ferme, en veillant à la transparence des appels d’offres, au contrôle rigoureux des constructions et à l’imposition d’un minimum obligatoire en matière de sécurité incendie.

Il en va de la protection des populations, mais aussi de la survie et du développement des entreprises locales du secteur.

 

D’après ce que vous dites, serait-il juste de dire que de nombreuses familles sont exposées au danger des incendies ?

Oui, de nombreuses familles restent exposées au risque d’incendie, et c’est précisément pour cette raison que je sollicite une attention particulière de l’État envers notre secteur d’activité. L’ONPC remet aux constructeurs et fabricants un guide de sécurité précisant les exigences nécessaires pour assurer la protection domestique. Malheureusement, ce document est trop souvent ignoré, faute de suivi et de sanctions. En conséquence, beaucoup de personnes ne prennent pas les mesures de prévention nécessaires.

On entend fréquemment des habitants affirmer : « Mon logement est couvert par une assurance, je n’ai pas besoin de protection contre l’incendie. » Ce qu’ils ne réalisent pas, c’est qu’en cas de sinistre, les experts en assurance analysent toujours les causes de l’incendie. Si celui-ci aurait pu être maîtrisé grâce à des moyens de base, comme un extincteur, cela est pris en compte dans le traitement du dossier, ce qui peut réduire ou annuler l’indemnisation. La même logique s’applique aux véhicules et aux bureaux.


Pour ma part, dès que j’entre dans une maison ou un bâtiment, je vérifie systématiquement la présence d’un extincteur et surtout son état de fonctionnement. Il est indispensable d’effectuer des contrôles semestriels, soit deux fois par an. Ces vérifications sont simples, peu coûteuses et peuvent sauver des vies ainsi que des biens.

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