L’or bleu qui s’évapore
(Excellence Afrk) - Chaque année au Sénégal, 500 000 tonnes de poissons sortent de l’eau. Plus de 600 000 personnes en vivent directement ou indirectement. Le secteur pèse près de 700 milliards FCFA.
Et pourtant, la richesse file entre les mailles.
Un mareyeur m’a dit un jour, devant une caisse de sardinelles abîmées faute de glace : « Ce poisson est perdu. Pourtant il aurait pu nourrir 20 familles. »
Cette phrase m’a marqué.
Pas parce qu’elle parlait de poissons,
mais parce qu’elle parlait de valeur qui disparaît.
La vérité est simple.
Un poisson vendu brut rapporte 1.
Le même poisson, transformé et conditionné localement, rapporte 3.
Voilà toute la différence entre survivre et bâtir une économie.
Aujourd’hui, trop de produits quittent l’Afrique à l’état brut.
Pendant ce temps, des industries ailleurs créent des emplois, des salaires, des écoles, grâce à ce que les mers africaines leur ont offert.
La FAO et The World Bank Group rappellent qu’un investissement massif dans la chaîne du froid, la transformation et la certification pourrait tripler les revenus halieutiques en Afrique de l’Ouest.
Et créer des dizaines de milliers d’emplois jeunes.
C’est ici que des institutions locales comme ADEPME OFFICIEL jouent déjà un rôle clé : accompagner les PME, renforcer les filières, donner aux mareyeurs, aux femmes transformatrices et aux jeunes entrepreneurs les outils pour capter cette valeur.
Derrière chaque caisse de poissons, il n’y a pas qu’un repas.
Il y a un espoir.
Celui d’une mareyeuse qui pourrait payer les études de son fils.
Celui d’un jeune qui choisirait l’usine plutôt que l’exil.
Un milliard perdu se regagne.
10 ans perdus condamnent une génération.
Un poisson nourrit une famille.
Une industrie nourrit une génération.
Sylvain Manat
Sources :
– FAO – Fisheries and Aquaculture Country Profile: Senegal (2023)